Fanny Guichard et les Petites Mains Sales
Autrice du livre Et si les arbres pouvaient parler ?, Fanny Guichard est une créatrice de contenu franco-suisse installée à Lausanne qui a bâti une grande communauté autour de son univers singulier, Petites Mains Sales, où l’écologie de l’émerveillement se vit à hauteur d’enfant comme d’adulte. Ancienne directrice de la communication du NIFFF, elle mêle dans son approche poésie, observation et transmission pour déplacer notre regard sur le vivant.
Dans notre monde de plus en plus virtuel, elle développe des ateliers autour de l’empathie et de la compassion, tout en accompagnant marques et particuliers en communication. Rencontre avec une femme qui cultive l’émerveillement comme une forme de résistance douce.
1 Fanny Guichard, que faites-vous dans la vie ?
Je viens du monde de la communication, mais avec un parcours assez transversal. J’ai étudié l’anthropologie, la psychologie, puis poursuivi un master à la Sorbonne avant de travailler dans une grande agence de publicité à Paris, puis dans la communication culturelle, notamment au Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF), au Théâtre de Vidy ou encore à l’Ensemble Vocal de Lausanne.
En parallèle, j’ai développé Petites Mains Sales, un projet né presque par hasard après la naissance de mon premier enfant, qui rassemble aujourd’hui une grande communauté autour de la conviction qu’il existe tout près de nous, un monde vivant incroyablement riche auquel on peut s’attacher, sans être forcément expert. C’est à travers ce compte Instagram que j’essaie de montrer que l’émerveillement n’est pas réservé à des paysages spectaculaires ou à des spécialistes de la nature. Il peut commencer avec une graine, un escargot, ou une simple question posée par un enfant.
Ce travail s’est prolongé avec l’écriture de mon premier livre “Et si les arbres pouvaient parler ?” publié aux Éditions La Veilleuse, qui explore cette relation au vivant de manière plus intime et poétique.
En parallèle, j’accompagne aussi des marques et des particuliers en communication. Et depuis peu, j’ai créé une association, Le Soleil se lève à l’Est, qui soutient des familles palestiniennes vivant à Gaza.
2 Parlez-nous du projet Petites Mains Sales, d’où vient cette idée?
Petites Mains Sales est né à la naissance de mon premier enfant, à un moment où j’ai eu l’impression de redécouvrir le monde à travers un regard complètement neuf.
En observant les enfants, je me suis rendue compte qu’ils sont spontanément fascinés par des choses auxquelles nous ne prêtons presque plus attention : un escargot, une plume, une fourmi, une graine coincée entre deux pavés. Et ça m’a amenée à me poser beaucoup de questions sur notre propre rapport au vivant.
Je me suis demandée ce qui nous en avait autant éloignés. Parce qu’au fond, les gens ne sont pas dégoûtés par la nature. Pourtant, nous vivons dans des environnements de plus en plus bétonnés, aseptisés, où l’on touche moins, où l’on observe moins, où l’on se salit moins aussi. Et je crois qu’à force de ne plus fréquenter le vivant, on finit aussi par moins bien le comprendre.
Je me suis aussi beaucoup interrogée sur une contradiction de notre époque : une grande partie de la population reconnaît aujourd’hui qu’il existe une crise écologique, mais malgré les alertes scientifiques, les choses changent finalement assez peu.
Petit à petit, j’en suis venue à l’idée qu’avant de vouloir protéger le vivant, il fallait peut-être d’abord réapprendre à entrer en relation avec lui. Pas uniquement par les chiffres ou la peur, mais aussi par l’émotion, l’émerveillement, l’empathie ou la curiosité.
3 Quel est votre endroit préféré en Suisse romande ?
J’ai eu la chance de découvrir Champex-Lac l’année dernière, et ça a vraiment été un coup de cœur. J’ai été impressionnée par la beauté des paysages et la place que la nature peut encore prendre là-bas.
Mais plus largement, je crois que ce que j’aime le plus en Suisse romande, ce sont les contrastes : pouvoir passer d’une ville à un coin presque sauvage en très peu de temps.

4 Au niveau culturel, quel artiste ou musique vous inspire le plus ?
J’aime beaucoup le travail de Véronique Mure autour du vivant et de notre rapport aux paysages. Sa manière de raconter la nature, très sensible et accessible, me touche beaucoup.
J’aime aussi énormément le travail d’Olivier Hamant, notamment sa réflexion autour de la robustesse du vivant. Cette idée que le vivant ne cherche pas la performance à tout prix, mais la capacité à s’adapter, coopérer et durer, me parle énormément et nourrit aussi beaucoup ma manière de voir le monde.
Je crois que je suis surtout inspirée par les personnes qui nous aident à regarder autrement ce que l’on pensait déjà connaître.
5 Quelle est votre plus grande défaite ou réussite jusqu’à présent ?
C’est une question difficile. Si je devais parler d’une réussite, je dirais peut-être le fait d’avoir fini par assumer un parcours assez éclectique, sans trop me freiner sous prétexte qu’il ne rentrait pas dans une case très définie.
Pendant longtemps, je me demandais presque si cette polyvalence n’était pas un défaut. Aujourd’hui, je vois au contraire à quel point tous ces chemins nourrissent ce que je fais.
Et si je devais parler d’un échec ou d’un regret, ce serait peut-être de ne pas avoir osé croire plus tôt en certains projets très personnels, souvent par manque de confiance en moi. J’ai longtemps eu peur de ne pas être assez légitime ou assez crédible. Je n’ai d’ailleurs probablement pas encore complètement gagné cette bataille, mais j’y travaille.
6 Quels sont vos projets d’avenir pour les prochains 5 années ?
J’aimerais continuer à faire évoluer Petites Mains Sales, mais aussi développer davantage des ateliers dans les écoles autour de l’empathie, de la compassion et de notre relation au vivant.
Je suis de plus en plus convaincue que ce que l’on cultive très tôt chez les enfants compte énormément. Leur capacité à observer, à prendre soin, à se mettre à la place d’un autre… J’aime l’idée que ces petites graines semées tôt puissent, peut-être, avoir des répercussions beaucoup plus grandes plus tard.
J’aimerais aussi continuer à faire grandir Le Soleil se lève à l’Est, parce que j’ai le sentiment que certaines crises humaines vont malheureusement nous accompagner encore longtemps. Et je crois profondément à la force des élans collectifs quand ils restent très humains, concrets et incarnés.
Le reste, j’essaie de le laisser un peu ouvert. Les projets qui ont le plus compté dans ma vie sont souvent ceux que je n’avais pas complètement anticipés.
Pour plus d’informations visitez les sites Petites-Mains-Sales.com et LeSoleilselevealest.com
Instagram : @petites_mains_sales


